Papi,
Tu m'as échappée dimanche, brutalement.
Tu t'es envolé sans me demander mon avis, me laissant seule pour affronter les siphonnés de ce monde. (Et il y en a un paquet, je te signale!)
Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, l'idée d'être un jour séparée de toi ne m'a jamais enchantée. (C'est sûrement pour ça que tu ne m'as pas demandé mon accord pour t'en aller d'ailleurs, tu as raison, je ne te l'aurais jamais donné, faut pas déconner.)
Tu m'as échappée dimanche, et je vous en veux. A toi, et à ce con de dimanche. Je n'ai jamais trop aimé les dimanches d'ailleurs, tu te doutes bien que maintenant je les déteste pour de bon, fallait s'y attendre.
Avant, lorsque l'idée de te perdre me traversait l'esprit, mon coeur anéanti me brûlait, comme décomposé. Je pouvais chasser ces idées noires en quelques instants, et recoller les morceaux de mon pauvre coeur affaibli des pensées inconcevables que je lui infligeais. (Ouais, c'est clairement masochiste, les idées comme ça)
Aujourd'hui, je ne peux plus chasser ces pensées. Je vis avec. En continu.
Tu m'as échappée dimanche, et j'ai mal. Je reconnais que les contractions à côté, c'est de la putain de rigolade. Si deuxième Bambino un jour il y a, je promets de ne pas m'en plaindre. Ou un peu moins, disons, tu m'connais.
Bambino va bien d'ailleurs. Je dis "d'ailleurs" comme si je profitais de l'occasion pour te glisser deux ou trois mots sur lui, discrètement. Alors que je sais bien que c'est ce que tu attends. Que je te parle de lui, et que j'arrête de me morfondre et de sanglotter.
Bambino t'appelle, te cherche, te reconnaît. Il regarde des photos de toi, et il se bidonne. Il doit se remémorer tes blagues, ou imaginer un plan d'attaque avec toi comme allié pour saccager ma cuisine. Ça ne m'étonnerait pas, tiens!
Tu l'as vu à l'église, quand nous sommes venus si nombreux te dire au revoir, tomber de sa poussette et s'étaler de tout son long dans l'allée centrale? En d'autres circonstances, j'aurais rigolé avec toi. Là, ça n'a franchement pas eu l'effet escompté. J'espère que toi tu t'es bien marré.
Bambino est un farceur comme toi. Mais, comment te dire... Tu aurais pu rester quelques années de plus près de lui, parce que son humour n'est pas encore très convainquant, preuve ci-dessous:
Oui oui, j'ai bien cherché la télécommande pendant deux jours. Il a du progrès à faire n'est-ce pas? Lui avais-tu expliqué qu'une vraie blague doit faire rire les autres, et non uniquement l'auteur de la blague? Je crois que non, et soupçonne même un oubli volontaire de ta part. Je t'entends rire de cette farce.
Je sais combien tu l'aimes, ton unique arrière petit fils et combien tu en es fier. Je ne doute pas un instant que tu le protèges d'où tu es. Mais ne lui glisses pas trop de bêtises à l'oreille, je te vois venir.
Bambino aura eu la chance de connaître pendant 16 mois, la personne la plus magnifique qu'il soit. Je lui souhaite du plus
profond de mon coeur de rencontrer tout au long de sa vie des personnes aussi extraordinaires que toi. Il y en a peu, je le sais. Mais une seule suffit à remplir un coeur de bonheur, je sais de
quoi je parle.
A présent, je vais te laisser, en te promettant de venir te retrouver un jour.
Bah quoi? Si tu pensais te débarrasser de moi, je t'informe que c'est loupé. Je vais avoir un million de trucs à te raconter, tu peux préparer tes boules quies, j'ai déjà commencé à lister, pour ne rien oublier.
Tu m'as échappée dimanche, mais je t'aimerai toujours. Ne l'oublies jamais, où que tu sois.
Merci d'avoir été mon ami, mon complice, mon protecteur, mon grand-père et mon père à la fois.
Je t'aime.
Ton têtard.
Bambino y Abuelito
A mon grand-père chéri. Un petit homme si Grand.
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